Frédérique Bourdin – Papillon – © Tous droits réservés


Lettre à l’ex…
13 octobre 2011, 11:40
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Quelquefois, je voudrais pouvoir parler au monde entier et lui crier qui tu es et pourquoi tu l’as fait.

 

J’étais une femme qui avait des rêves, des projets et de l’estime pour elle-même. J’ai chassé aujourd’hui ce que tu avais fait de moi. Quelqu’un qui se posait des questions et qui ne voyait pas les réponses. Les réponses, c’est toi qui me les as données.

 

Tous ces mots envers moi que tu as crachés, les uns après les autres, sans même attendre que le premier m’atteigne… J’ai encaissé, accumulé ! A bout de force, je ne te contredisais plus, je ne te donnais même plus mon avis, tu ne m’écoutais plus. Régulièrement, tu me faisais toujours des reproches qui n’avaient pas lieu d’être et à force de t’écouter… j’ai fini par te croire.

 

Il y avait des jours où la vérité se faisait claire, des heures où je regardais ma vie derrière et je me demandais quels choix j’avais bien pu faire de travers pour devoir supporter tout ça. Je chassais mes pensées d’un mouvement de tête, je séchais mes yeux et je relevais la tête. A quoi me servait-il de me poser des questions ? La vie était là… devant moi… aussi sombre que pouvaient l’être mes doutes.

 

Des « pourquoi », des « comment », des « comment faire », des « où aller », je ne les ai pas comptés. Je ne pouvais plus avoir de discussions avec toi sans que tu ne hausses le ton. A force de t’entendre, je ne t’écoutais plus et petit à petit, je me suis fermée pour me protéger.

 

Je sais bien que tu te posais les mêmes questions que moi, mais quand l’amour s’enfuit rien ni personne ne peut le rattraper. Il n’est resté que le temps de faire un enfant.

 

Lors du dernier été que nous avons passé ensemble, tu as sous-entendu que je t’avais imposé ma famille venue en vacances chez nous. Moi, j’ai rigolé, j’ai décompressé et j’ai pleuré notre mère. D’elle tu ne voulais rien savoir, tu faisais la sourde oreille à ma peine et je t’ai fermé mon cœur meurtri. Je me suis détournée de l’atmosphère troublante et étouffante qui flottait en ta présence lorsque j’ai rencontré quelqu’un avec qui je pouvais parler. Je ne me croyais alors plus capable de sourire. J’ai parlé d’elle, je l’ai pleurée et j’ai ri aussi. Mon souffle de vie était déjà loin de toi.

 

Ce jour-là tu nous as surpris alors que nous discutions. Tu n’as pas aimé sa façon d’être ni le sourire qu’il m’avait posé sur le visage. Tu as ouvert grands les yeux et tu m’as demandée qui il était. Il n’était qu’une personne qui m’avait tendue la main et tu t’es emporté. Je t’ai dis que tu l’avais bien cherché, que les mensonges entre nous n’avait que trop duré. J’ai commencé à vider mon sac car après tout… autant crever l’abcès ! C’est alors que ta main s’est abattue sur ma joue, une fois ! Deux fois ! Trois fois… je ne l’ai pas vue venir et j’ai violemment accusé le coup. Ma main recouvrait la marque sur ma peau lorsque tu es parti comme un fou et moi j’étais enragée et désespérée. Le monde si fragile que je m’étais forgé venait de voler en éclats. Les heures ont passé durant lesquelles j’ai perdu mon travail et ma dignité.

 

Lorsque tu es revenu me chercher, c’est sous ton ordre que je suis montée dans la voiture, sauf que j’avais décidé de ne plus me laisser faire. Avec un petit sourire mesquin je t’ai dit que ça ne se passerait plus jamais ainsi ! Que c’était terminé ! Qu’il ne fallait plus que tu rêves ! Evidemment, tu n’as pas apprécié et voyant que je te tenais tête tu as ralenti la voiture sur le bas-côté, tu as levé les mains avant de te jeter sur moi ! Je les ai senties sur mon cou et la vitre contre laquelle ma tête était appuyée m’empêchait de me dégager. Tu as serré, je me suis débattue. Mes yeux reflétaient toute la colère que j’avais contre toi ! Mes doigts cherchaient une prise pour te repousser ! Comme j’aurais aimé te crever les yeux ! Te griffer le visage ! Te faire autant de mal que tu m’en avais fait jusque là ! Les arracher pour ne plus te voir…

Sans un mot de plus, nous sommes rentrés et avons essayé de nous calmer avant de parler. Un dialogue s’est difficilement installé où chacun essayait d’écouter l’autre. Le ton a fini par monter. Quelque chose entre nous s’était brisé, et plus je te regardais, moins je voulais faire d’efforts. C’était trop me demander, les mots ont finis par se taire. Le silence s’est installé et je suis allée me doucher. Le jet d’eau brûlant sur ma peau m’a lavée de la tension que je ressentais depuis longtemps.

 

Je ne sais pas comment j’ai fait pour supporter tout ça aussi longtemps. Le poids que je portais était devenu trop lourd et malgré tout ce qui s’est passé ce jour-là, je me suis sentie plus légère. J’ai fait glisser la bague de fiançailles de mon doigt et je l’ai accrochée dans la douche. Je ne devais surtout pas l’oublier lorsque j’aurais terminé… et je suis restée là encore un peu. J’ai fini par sortir et je me suis installée sur le canapé, fatiguée. Lorsque tu es sorti à ton tour tu as tendu la main et m’a demandé ce que cela signifiait. J’ai suivi ton regard et j’ai vu la bague que j’avais retirée de mon doigt quelques instants plus tôt… Je pensais qu’il ne m’était plus possible d’en entendre davantage. Je t’ai regardé et je t’ai répondu bêtement, je n’avais plus la force de me battre. Une nouvelle dispute a éclaté et tu as jeté le bijou par la fenêtre du troisième étage. Tu as appelé ta sœur pour lui dire de ne pas ramener notre fille à la maison le lendemain, que tu irais la chercher toi-même puisque je venais d’annuler le mariage ! J’ai bondi du canapé en hurlant que tu l’avais fais toi-même pas plus tard que le lundi précédent ! Fou de rage, tu as lâché le téléphone ! Tu m’as frappée au visage ! J’ai perdu l’équilibre et une plante est allée s’écraser par terre. Je suis tombée sur le canapé et tu as bondis sur moi… je me souviendrai toujours de tes yeux à ce moment-là. Il ne me sera pas possible de les oublier… ils étaient noirs de haine, comme si tu n’étais plus toi-même. Mais c’était bien toi qui étais devant moi et tu m’aurais sautée dessus si je n’avais pas hurlé ! Je crois que mon cri t’a fait reprendre tes esprits car tu t’es arrêté et tes yeux ont changé. C’était la dernière fois que tu posais la main sur moi de quelque manière que ce soit…

 

Je ne savais plus qui j’étais… et je suis allée me coucher sans un mot dans la chambre de notre fille. J’espérais encore que tout ceci n’était qu’un cauchemar.

 

Lorsque j’ai ouvert les yeux le lendemain, j’étais meurtrie. J’ai attendu que tu sois prêt à partir pour me lever. J’ai préparé un café sans un mot ni un regard et j’ai allumé une cigarette. J’avais honte… de moi, de ce qui s’était passé. Lorsque tu m’as regardée, tu as savouré ta victoire. Je ne pouvais pas lever les yeux vers toi et j’ai baissé la tête. Tu m’avais malmenée, détruite, réduite à néant ! Je n’étais plus rien…

 

Maintenant, je suis partie. Je me suis longtemps demandé comment j’avais fait pour me cacher la vérité autant de temps. Aujourd’hui, j’ai juste envie de te dire… MERCI !



Sorcière
26 novembre 2010, 13:10
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Sans jamais le dire

Ou oser le murmurer

Rarement je l’entends

Cloîtrée dans mes illusions

Irréelles et capricieuses

Encore je demande

Révoltes, sentences

Et divinations

 

Crédit Photo Maris Philippe & PH.Corine - Infographie : PH. Corine
Texte : Frédérique Bourdin
http://maris-philippe.book.fr/ & http://persephone.book.fr/
http://frederiquebourdin.wordpress.com/



Rencontre
23 septembre 2009, 13:54
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Je pourrais vous raconter la soirée que j’ai passée avec lui.

Je pourrais vous raconter l’excitation qui m’a pris le matin du jour du rendez-vous et qui ne m’a pas quittée de la journée.

Je pourrais vous raconter que je suis arrivée en retard et qu’au lieu de venir avec mon mari, j’étais avec une amie.

Je pourrais vous raconter que l’endroit était petit et qu’il imposait aux convives une proximité qui pouvait s’avérer dérangeante.

Je pourrais vous raconter le dîner que nous avons partagé.

Je pourrais vous raconter les artistes amateurs, chanteurs, humoristes, que le bar à vin accueille quotidiennement et dont certains étaient présents ce soir-là.

Je pourrais vous raconter ce que nous avons échangé et les fous rires que nous avons eu.

Je pourrais vous raconter que dans ces moments-là le temps passe toujours trop vite.

Je pourrais vous raconter le bonheur que j’ai eu de le revoir après tout ce temps.

Mais je ne vous dirais rien de tout ça.

Je vous dirais simplement ce qui aurait pu être si la réalité avait été le fruit de mon imagination.

Le rendez-vous aurait eu lieu en tête-à-tête. Le bar, les voisins à notre table, les lumières, l’ambiance auraient été les mêmes, et la patronne trop maquillée, chaussée de gros sabots colorés et à peine aimable aussi.

Un homme et une femme, installés à une table de bistrot, auraient pris des nouvelles l’un de l’autre avant de rentrer dans des sujets plus personnels, le vin aidant. Ils auraient été séduits par le moment présent, par la pénombre qui régnait pendant la prestation des artistes, par la façon dont ils se seraient regardés. Elle aurait été attirée par le charisme de cet homme et par son odeur. Un long moment elle se serait laissé envoûter par le parfum qui se serait dégagé de lui, viril, séducteur, s’imaginant une fin de soirée des plus folles.

Pendant le dîner il l’aurait dévorée des yeux. Même s’il aurait été attiré par son décolleté provocant, il n’aurait pas omis lui faire un compliment sur la brillance de ses yeux ou sur son joli sourire qui ne l’aurait pas quittée.

Sa main effleurant son genou ou se posant sur sa cuisse l’aurait confortée dans les sentiments qu’elle aurait éprouvés.

Elle se serait réjouie de cette attirance réciproque. Lui aussi.

A cause de la chaleur étouffante des lieux, ils seraient partis après une dernière coupe de champagne. Ils auraient trinqués à tout ce qu’ils aimaient : l’écriture, la littérature, les expositions, les rencontres, les amis, les bonnes tables.

Ils auraient ensuite parcourus les rues fraîches de Paris, l’un contre l’autre. Leurs pas auraient résonné longtemps sur les pavés de la capitale. Leurs ombres auraient disparus au coin d’une ruelle, laissant dans l’air quelques rires trahissant leur désir de partage…




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